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Chapitre 156

DANS LES RUES
DE NEBAJ



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Dans les rue de Nebaj

Ca s'est passé dans les villages, dans le coeur de chacun ici. Les terroristes d'hier face à l'ordre établi. Elements désignés subversifs, castristes d'une autre époque. Un État et ses ennemis, jusqu'au bout de son sang.
Ensuite, le cercle de la violence répète son enchevêtrement de crimes et de pleurs, de vengeance et d'exécutions, où peuvent se noyer les plus légitimes revendications.

Il semble tellement difficile d'imaginer ce qu'est une guerre civile, quand on n'en a jamais vécue. Guerre de blocs, guerre de tranchée, guerre de libération, guerre mondiale, les choses y paraissent plus claires, mieux établies et reconnues, arbitrairement mieux définies. Mes premières confontations à ce type de réalité remontent à des lectures sur la Guerre d'Espagne:
«
Ici, on fusille comme on déboise; et les hommes ne se respectent plus les uns les autres» écrivait St Exupéry en Une de l'intransigeant, en 1936, envoyé sur le front de Barcelone.
Au Guatemala, encore aurait il fallu que les hommes se respectent avant la guerre. Car d'après Rigoberta Menchu, ce qu'on qualifie aujourd'hui de "guerre civile" est plus une révolte populaire née du rejet et du mépris profond qu'ont subi depuis des siècles les Indiens Maya du pays.

Dans les rues de Nebaj, et sûrement tous les villages de l'Altiplano, la peur de l'autre est encore palpable, et ce jusqu'au coeur des fêtes populaires, ou se côtoient toujours rites indiens et icônes catholiques. Dans les rues, quelques peintures, parfois; quelques mots sur les tombes; des souvenirs, muets. Des noms de villages qu'on lit tâchés, torturés, au détour d'un bouquin en attendant son bus, et qui vous touchent au coeur. Repensant à ces chemins, ces maisons, ces femmes et ces hommes, ce passé pas si lointain.

1996. Fin de la guere civile au Guatemala.

 

 

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