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Chapitre 155

OCTOBRE ROUGE
(paysage social)



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A vous d'inventer la légende, l'histoire de chacun (et pourquoi pas la votre?)

Une ballade en télésiège, comme on tourne les pages d'un album photo; mécaniquement. Un cadre en remplaçant un autre, machinalement. A peine le temps d'imaginer la vie des figurants que d'autres déboulent, indéfiniement.

Vous êtes vous déjà arrêté à une terrasse de café, pour regarder les gens. La foule. Les anonymes, chacun portant sur eux les questions de leurs vies, de leur classe, leur statut, leurs rêves et leurs angoisses. Rentrer dans la tête des gens, juste par l'imagination, donne une âme aux regards qu'on croise, et sort de la multitude la poignée d'élus que nos yeux ont fixés. L'humanité de l'autre naît soudain, sous nos yeux qui lui ont insufflé pour notre propre appréciation cette vision éphémère.

On invente donc, avec beaucoup de parcimonie, une histoire, une vie, une chicane, une peine ou un certain bonheur. On classe, étiquette, range leur unicité soudaine dans une case sociale plus vaste :

"Fiston se fait chier"
"On sort Grand-Mère"
"Famille modèle"
"Papa divorcé"
"Bébé-bonheur"
"Des Français, à tous les coups"
"L'adoption"
"Fumeurs de pot"
"Retraite sportive"
"Biker sur le retour"
"Putain fa frette!"
"Les amis"


C'est tout le crédit qu'on donne, humblement, à ces âmes de passage.
Un divertissement, mais une réflexion aussi. Comment nous voient-ils, tous ces gens qu'on comdamne en une phrase à porter leur rôle de playmobil, une fois pour toute?

Derrière, les feuille rougissent et tombent.
Sans questions, sans le moindre lien avec les mots qu'on forme.
Même pas notre souffle pour dévier leur chute.

 

 

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