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Chapitre 143

STALINGRAD



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A Stalingrad, je me suis endormi

Dans une rue semblable à la ville entière, un champ de ruines, d'épaves d'autos. Quelques passants, hagards, rares. Baigné d'une lumière blaffarde comme au crépuscule d'une autre époque, l'endroit prend des reflets sépia, des airs de fin de Guerre Froide. Quelques âmes silencieuses, aux contours hermétiques, peuplent la scène d'une réalité artificielle. On dirait des techniciens démontant les décors d'un studio d'Hollywood quand la caméra cesse de filmer et que la scène oscille encore entre l'image et la réalité qui lui fait écho. Ils s'échinent contre cette neige omniprésente, la déplacent, sans un bruit, joignant leurs efforts esseulés dans une forme de communion instinctive : les voisins se rencontrent, perdus chacun dans la solitude de leur pelle à neige. On échange, on discute dans le silence ouaté qui nous entoure, troublé uniquement par les heinissements des hommes entre les pelletées de neige, et les va-et-viens des grattoir des femmes. Vaincus par la neige, ils tentent ce soir de reconstruir leur cité à l'image de leurs souvenirs, exhumant laborieusement des restes de tôle coloré : un souvenir de leur vie passée, celle qu'ils veulent retrouver, demain, en se réveillant.
A Stalingrad, je me suis endormi.

 

 

 

 

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