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BUBBLE BOBBLE

 

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Derniers instants
2006-06-15


Cessna 150, amerrissage imminent. Impact dans 5 secondes. Les ceintures sont serrées au maximum. Les roues touchent la surface et le nez se plante net dans l'eau. La carlingue bascule violemment sur le dos. Tellement violemment que la verrière cède sous l'impact, l'eau s'engouffre instantanément par ce trou béant et remplit l'avion en moins de 2 secondes.

[take a deep breath]

Tête en bas, encore attaché au siège, je dois trouver la poignée de porte parmis les milliards de bulles qui m'entourent. Totalement désorienté, les secondes passent. Panique. Pourtant j'avais refait ce geste 20 fois. Elle était juste là, à ma gauche, à 20 centimètres de mon bras gauche. Mais où est le haut, où est le bas? Je tâte, en vain.

[gardeà tout prix ta main gauche en repère sur le cadre de porte]

Impression de repasser la main 100 fois au même endroit. J'ouvre les yeux, que l'arrivée de l'eau m'avait fait fermer par réflexe. Toujours des bulles, partout. On y voit à peine. L'eau me rentre dans le nez, mais je n'y pense même pas. La panique emmêle mes idées dans ma tête.

[reste attaché tant que la porte n'est pas ouverte]

Et puis finalement ma main droite trouve la poignée. Miracle. J'ouvre. Il faut encore pousser sur la porte, de toutes mes forces. C'est fait. Je peux enfin détacher la ceinture. (si je l'avais détachée plus tôt, je perdais toute chance de me repérer dans la carlingue inondée). Les deux mains sur le rebord, je m'extirpe de l'avion et nage vers la surface, vers la lumière.

Ahhahhhahahahhaaaaaaaaaahhhh!

Le souffle reviens. une pensée soudaine pour mes passagers. Où sont-ils? Toujours dedans? En vie?

Je m'essuie les yeux. Mes vêtements dégoulinent.
Autour de moi, 3 têtes de plongeurs sortent de l'eau. Ils me font signe que tout est OK. Je me retourne sur la carcasse de mon Cessna bien amoché : les 2 ailes arrachées, le bloc moteur aussi. Une grue géante le soulève maintenant de l'eau.
Plus haut sur le rebord, c'est une trentaine de personnes qui me sourient et bientôt applaudissent, en cercle autour de la piscine.

L'exercice est fini.
La désorientation, totale.
Le bilan humain, lourd.
La leçon, mémorable.

Cet exercice de survie organisé par un ancien pilote de l'armée canadienne nous a tous montré les réalités d'une telle situation de crash aérien dans l'eau. Les difficultés d'orientation. Les règles à suivre. Les méthodes pour s'en sortir vivant. Essayer.
Pour ma part, le 1er essai a été un échec. La secondes tentative a fonctionné. Mais qu'en serait-il en situation réelle, quand il faut aussi aller sauver ses passagers, dans une eau trouble et glacée?

Tout cela fait réfléchir. Sur la nécessité d'une telle formation, d'abord. Les hauteurs sécuritaires de survol maritime aussi. Et sur le choix d'une zone d'atterrissage d'urgence, ensuite. (les arbres ou le fleuve?). Et puis surtout sur l'importance des consignes de sécurité à donner aux passagers. Ce n'est pas un vain mot. Ce n'est pas une ligne anodine sur la check-list. Ca vaut le coup d'y passer quelques minutes, pendant que le moteur chauffe..

Alors vous tous mes amis qui montez et monterez encore à bord avec moi, ne vous étonnez pas que j'insiste désormais un peu plus sur ces points de sécurité. L'aviation n'est pas soudainement devenue plus dangereuse. C'est juste que je tiens à vous.

 

 

(Note : la photo n'est pas de moi)

Plus d'infos:
http://www.tc.gc.ca/aviationcivile/securitedusysteme/bulletins/tp185/4-98/047.htm

 

 

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