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CHERCHER LE VENT

 

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Rencontre avec un réparateur d'éoliennes télépathique
2005-10-24 17-26-38

C'est au milieu de son atelier que la rencontre a lieu. Au milieu de nulle part en fait, là où les yeux s'épuisent, où la conscience se relâche.
Le rendez-vous était exact, mais l'année avait été effacée.
«Salut! je t'attendais justement. Le vent commençait à souffler.»
Au milieu des planches de bois qui jonchaient la table, des plans avaient pris forme. Un crayon mine avait veillé bien tard pour faire jaillir ces constructions, bâti ces équations qui cherchaient leur Nord.
Une odeur de sciure, dense et parfumée, emplissait les lieux d'un savoureux coussin rude et protecteur.
Au sol, des carcasses de turbines grouillaient dans les mémoires. Elles tournaient de manière cahotique, agitées de convulsions. Un chien aux babines pendantes passa, sourire en coin, sans même daigner un regard pour ces pièces encore éparses.
«D'après mes calculs, des pales de 12 pieds de diamètre peuvent me fournir 10kWatts/h avec un vent moyen» se justifia-t-il. Malgré ma nouvelle étiquette d'ingénieur es turbines, je me contentais de quelques questions sur ses projets et d'une ou deux suggestions dictées par mes instincts de pilote, habitué à voir la vie de derrière un moulin.
Dans l'autre pièce, des coques de bâteaux pointaient vers le ciel.
Au loin, deux oiseaux sacraient en Jésus Christ.

 

 

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Arizona, été 2013
2005-10-24 17-02-46

Les vents commençaient à tourner et la vieille ferme de l'autre bord du monde étouffait ses gemissements dans l'indifférence du temps. On eût imaginé sans efforts la complainte lancinante d'une éolienne rouillée et usée par d'interminables tempêtes de sable. Mais ici, la silice s'imisse plus volontier dans les jointures des mots ; et les pales avaient de toutes façons capitulé depuis des siècles.
Le ciel gonflait les nuages aux liseret d'argent - puissance grondante qui balançait les horizons. Pas de pluie, mais l'odeur de l'air contenait des échantillons d'herbe fraîche, de nuit étoilée, d'orage et d'air brûlant, le soleil en spécial.
La vieille éolienne avait tant attiré les foudres et les rêves qu'elle en gardait à vie un certain goût de miel.
Hier, je serai là encore. Inconnu et attendu.

 

 

 

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Des réservoirs d'années lumières
2005-10-24 17-39-29

La porte se referme dans un courant d'air, et les plans se mettent à danser. Fils et profils s'emmêlent, un pont redresseur fait sa cour à une génératrice pressée.

Dehors, un soleil gris projetait de courtes ombres. Les couleurs viraient dans des tonalités minérales, et les ondes qui agitaient les blés dessinaient d'improbables arabesques. Le chien repassa en silence et disparut soudain comme absorbé par les épis. Il ne réapparut pas.

«En haut sur la coline, le vent souffle en lames puissantes. Il suffira de trouver le point Alpha, et tout s'envolera.»
Et il disparut sans un bruit.

 

 

Note concernant ce chapitre :
Textes, images et réalité n'ont ici que peu de points communs.
Un essai à tenter, une approche à découvrir, un portrait à faire.


 

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