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TRAM 3

 

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Tout le plaisir est dans l'attente
2005-02-11 18-04-00

A la fois disciplinés, civiques et obéissants, les Québécois reconnaissent bien volontier leur goût particulier pour se mettre en file droite et bien ordonnée dès que l'occasion se présente.

L'application la plus flagrante de ce principe concerne l'attente des autobus.
Ici pas de grappes devant la porte, encore moins de bousculade. Le dernier arrivé va gentiment se placer en queue de peloton, allongeant encore un peu plus la file bien drette des usagers.
L'exemple de la photo ci-dessus n'est pas le meilleur : le puissant syndicat des employés de Pratt & Whitney a selon toute vraisemblance obtenu la construction d'un grand abri-bus longitudinal devant l'entreprise, guidant naturellement les gens en file.

Mais le sujet d'étude prend vite de l'intérêt quand on introduit dans ce schéma trop parfait un élément perturbateur, un zeste de folie, un soupçon de non-conformisme. Imaginez par exemple que j'avise un des banc de l'abri, situé au milieu, afin d'y poser mon sac autre part que dans la slush. Je sors un bouquin, et je lis.
Mais l'espace ainsi créé qui me sépare des 5 premières personnes en tête de file chagrine passablement les 2 ou 3 nouveaux arrivants. Piaffant derrière moi, un étrange besoin les tire comme des aimants pour les rattacher au peloton de tête. (qui ne fait lui-même rien d'autre qu'attendre, plus exposé que nous au vent glacial).
Mais malgré ce désir qui les dévore, très rares sont ceux qui y céde. Ce n'est pourtant pas mon gros cul qui les empêche de passer! Bien rangé le long du bord, je me contente d'observer, sourire au coin des lèvres, les moeurs processionnaires, leur laissant pas lin d'1 mètre pour passer.
Mais la barrière est psychologique. J'ai la solide impression que c'est le fait de "doubler" quelqu'un qui les rebute. Peut-être voient-ils dans ce geste une incivilité patente, digne du plus épais des robineux?
En tous cas. Le jeu m'amuse, et l'étude des subconscients tiraillés dans leurs hésitations occupe de façon assez plaisante les minutes d'attentes pour l'autobus.
«Tout le plaisir est dans l'attente» avait-on coutume de me répéter. Ce n'est pas faux!

 

 

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Ah tiens ils font plus grève à la SAQ?
2005-02-18 18-00-50

Dans les rues québécoises, on est d'abord intrigué par ces longues files de gens, bien rangés le long du trottoir, un par un, jusqu'au poteau d'arrêt d'autobus. Ici pas de grappes devant la porte, encore moins de bouculade. Le dernier arrivé va gentiment se placer en queue de peloton, allongeant encore un peu plus la file bien drette des usagers. Le plus comique est évidemment quand une raison physique empêche la file de se poursuivre en ligne droite : qu'à cela ne tienne, on épouse le profil à angle droit de la rue, voire on organise naturellement un "U" autour de l'abri-bus!
Ces détours sont parfois même institutionnalisés, comme le montre la ligne orange sur la toute première vignette en haut de cette page, gare routière de Longueil. Gare à ceux dont les pieds ne respectent pas la trace...

Quand le bus arrive, même s'il y a 40 places de libres et seulement 10 personnes qui font la queue, une réelle tension apparaît. Si par malheur on met plus d'1/4 de seconde à prendre son sac et faire progresser le train des usagers jusqu'aux portes du Saint Graal, les personnes de derrière s'inquiètent. (mais on ne vous feront jamais de remarques, faut pas pousser : il n'y a que les Français qui râlent...)

Le plus étonnant, c'est que les places assises pour attendre sont quasiment toujours boudées, n'assurant pas une place dans la Sainte File. Privés de son "droit de file", le malheureux qui choisit le banc public (ou même l'abri, honte à lui) se retrouve donc ipso facto au banc de la société, auto-ostracisé par sa démarche incongrue.
Assumant l'ostrakon (le revendiquant même), j'y côtoie donc les vieillards, les punks et les immigrants les plus fraîchement arrivés. On très bon spot en somme pour étudier les maillons qui grelottent...

 

 

 

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Ah ah, à la queue leu-leu
2005-02-11 18-46-32

Qu'il pleuvent, vente ou neige, le même scénario se répête tout au long de l'année. (remarquez notamment le type en bleu qui contourne le tas de neige pour aller enquiller le bout de la file d'attente alors que le bus est déjà là...)
En cas de tempête de neige cependant (mais alors il faut vraiment quelque chose de sérieux), on assiste à un exercice délicat, pourtant effectué avec succès par la plupart : la où les files qui se font normalement à l'extérieur sont reproduite DANS la station de métro, juste derrière les traditionnelles portes à pivot central. Dans un fourmillement qui évite pourtant toujours la cohue, les têtes de files guettent avec anxiété l'arrivé du bus 20m à l'extérieur. A vrai dire, TOUS les gens qui attendent guettent avec la même fébrilité l'arrivé de l'Arche, qui initie le départ de la procession à travers la neige et le vent.

Ah, mais je deviens trop négatif : la civilité dont ces comportements témoignent est quelque chose de réellement appréciable, et si je m'en amuse parfois, je n'oublie pas, si je quitte ce pays, combien je regretterai tous ces gestes si naturels ici.

Aller, pour quand même rester sur un touche humoristique, asseyons nous sur une pierre et observons 2 papillions. Non, plutôt une colonie de chenilles processionnaires corses dans la forêt d'Aïtonne, qui se prêtent fort gentiment à ma petite expérience...


 

 

 

 

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